Instincts de vie

Instincts de vie

La vie n'est pas un long fleuve tranquille

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 "Nous vivons la mort par intermittence

et la vie comme un contrat que nous n'avons pas signé."

Abraham CHLONSKY



 

 

 Je vous présente Luka, un grand adolescent de 16 ans, longiligne d'une maigreur parfois inquiétante certainement liée à ses périodes d'anorexie, dont la blondeur de ses cheveux, le bleu limpide de ses yeux et la peau diaphane nous donnent un signe sur son origine nordique. Le port de lunettes rondes avec la petite mèche dorée qui lui tombe sur le front exacerbe un côté gavroche des temps modernes.

 

C'est un garçon instable, très agité, en même temps très affectueux, spontané, « brut de décoffrage » comme on dit, qui parle comme il pense et ne connaissant pas notre langue à son arrivée en France, n'en maîtrise pas encore les nuances pour s'exprimer.

Alors quand il est bien en présence de quelqu'un, il lui tape sur l'épaule et lui crie « je t'aime toi !», qui que ce soit. Parfois ça fait sourire, parfois c'est un peu gênant... tout dépend de qui se tient en face.

 

C'est qu'il fonctionne à l'instinct notre Luka et il y a de quoi, car livré à lui même à la mort de ses parents dans un accident de voiture, Luka a vécu dans la rue.

Et la rue, c'est à 5 ans qu'il l'a connue, avec ses deux sœurs, la plus petite âgée à peine de 4 ans et la plus grande, 12 ans qui s'est occupée d'eux comme elle a pu.

Repérés par la police au bout de quelques mois, ils ont intégré un orphelinat où deux âmes françaises en mal d'enfants ont eu la bonté d'adopter cette petite famille. Luka avait alors 8 ans.                                  

Malheureusement malgré le bon vouloir des adoptants, la fratrie n'a pas pu être rapatriée complète car la grand-mère a refusé l'adoption de la sœur aînée vraisemblablement pour la mettre au tapin en vue de rapporter quelques deniers.

 

C'est désorienté et fragilisé que nous l'avons accueilli à 12 ans dans notre établissement avec une histoire personnelle déjà très lourde.

 

Au foyer Luka a su trouver une place et arrive à se restaurer peu à peu en s'inscrivant dans son projet de vie. Mais dès le  lundi, nous ne reconnaissions pas l'adolescent enjoué que nous avions l'habitude de côtoyer.

C'était un garçon taciturne, triste, de plus en plus inaccessible qui se présentait à nous en début de semaine que seul le temps avait la faculté d'apaiser. Les jours d'après, il reprenait vie et se remettait en train.

 

Il revenait de ses week-ends familiaux complètement dézingué, sens dessus-dessous à cause des crises d'épilepsies provoquées par l'alcoolisme de son père dont Luka était le malheureux témoin.                                                                                                                                                                      

Les crises de plus en plus importantes associées à des troubles de l'humeur permanents mettaient Luka dans un profond désordre et dans des états de turbulence qu'il n'arrivait plus à contrôler. Tant et si bien qu'excédé, après avoir vainement tenté de cacher les bouteilles d'alcool, il finissait par les fracasser contre le mur et ne désirait plus retourner chez lui.

 

Et puis un jour, pendant le week-end, je reçois un appel téléphonique de Luka qui m'annonce le décès de son père, lequel dans la nuit s'était étouffé avec sa langue suite à une crise d'épilepsie.

Le jour même de son propre anniversaire, celui de son père !

 

Mais la boucle n'est pas bouclée pour autant car depuis, Luka est complètement perdu, n'a plus envie de rien, plus d'appétence pour la scolarité ou une quelconque activité. Plus rien ne l'intéresse, il est anéanti, vide.

« Je ne sens plus mon corps » m'a t-il dit.

 

Maintenant Luka n'a de cesse de s'identifier à lui, se faire des piercing identiques, porter ses bijoux, boire ses boissons préférées, des bières en l'occurrence car ressembler à son père est sa manière à lui d'en faire le deuil.

Même s'il n'a pas pu aller aux putes comme son père le lui avait promis pour l'anniversaire de ses 16 ans (sic), même s'il a été surpris de découvrir une certaine quantité de produits illicites dans un coin de la grange, même s'il lui en voulait terriblement pour le désastre familial de son alcoolémie, son père il l'aimait et gardera à jamais le souvenir de cet homme qui l'a jadis sauvé.

 

Que dire de plus si ce n'est que parfois quand le destin nous tient, il ne nous lâche plus.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



03/02/2015
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