Pathétique - Instincts de vie

Instincts de vie

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Pathétique

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"Le désir est la moitié de la vie. L'indifférence est la moitié de la mort"

Khalil GIBRAN

 

 

 

Je vous présente Rick, 16 ans, un garçon d'un mètre quatre vingt, un grand rouquin d'une grande instabilité dont les adultes font aveu d'impuissance devant son importante agitation.

Il n'a de cesse de vouloir tout connaître sur les autres, même les choses les plus insignifiantes comme s'il voulait se créer une histoire avec les bouts récoltés par ci par là.

L'état piteux de sa tenue vestimentaire attire le regard, une volumineuse doudoune l'hiver, pas très propre, et l'été un tee-shirt déformé et bien trop grand pour lui, lui donnant parfois l'apparence d'un clochard.

Selon son état, il peut être ange ou démon... tout aussi attachant qu'il peut être rejetant.

 

Addict au sucre, il engouffre des kilos de bonbons par semaine tout autant que de boissons édulcorées, certainement pour être l'enfant qu'il n'a jamais été.

 

C'est ce que l'on appelle une patate chaude dont par excellence personne ne veut, qui est renvoyé d'un foyer à un autre.

La semaine il est accueilli chez nous à l'ITEP, le week-end dans un autre foyer d'un service de l'Aide à l'Enfance.

Sur fond de violence et d'abandon, toute promiscuité avec sa famille, considérée comme toxique, lui est interdite.

 

Lors de son accueil au foyer pendant la semaine, il s'échappe en ville dans l'intention de récolter quelques sous en faisant la manche...

Il mendie essentiellement auprès de personnes âgées jouant de sensiblerie pour récupérer quelques pièces afin de se racheter des friandises ou bien d'effectuer quelques grattages aux jeux de hasard.

 

Dans l'intention de se procurer un peu plus d'argent, il revend les billets de bus fournis par l'établissement, puis il attend le dernier moment de son départ, pour s'engouffrer dans la soute à bagages et voyager ainsi gratis.

 

Un jour alors que je le ramenais sur son lieu d'hébergement du week-end et que je roulais tranquillement, Rick me donna un coup sec et violent sur la poitrine, m'agrippant et me tordant les seins au passage.

 

Cela s'est passé tellement vite que seule la sensibilité et la douleur du coup porté ont témoigné que je n'avais pas rêvée. Le temps de réaliser ce qu'il m'était arrivé, il était déjà absorbé par l'écran de son téléphone portable comme un arrêt sur image.

 

Je lui demandais alors pourquoi il a eu ce geste brutal et incongru :

-« mais qu'est ce qu'il t'as pris, Rick, de me frapper comme ça ? »

Réalisant enfin la portée de son geste, comme si je l'extrayais d'une certaine torpeur, il me répondit :

- « oh, désolé, je viens de recevoir une mauvaise nouvelle au téléphone ! »

 

Et de se morfondre en excuses tout le long de la route dont j'avais hâte d'être enfin au terme de ce que je considérais comme une mise en danger latente ayant encore une vingtaine de kilomètres à parcourir.

 

Heureuse qu'il ne soit pas boucher mais au fond, quel autre moyen d'exprimer ses émotions quand enfant on ne reçoit que des coups de balai sur la tête en guise de communication...

Peut être n'arrive t-il à donner que ce qu'il a reçu...



02/02/2014
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